L’affaire remonte à janvier 2025. Deux signalements arrivent au parquet de Paris et ils visent les dérives présumées de X sur le territoire français. La section cyber confie le dossier à la Direction générale de la gendarmerie nationale. Au fil des mois, l’enquête prend de l’ampleur. Trois fronts se dessinent avec la possible complicité dans la diffusion d’images pédopornographiques, la création de deepfakes sexuels non consentis via Grok et une suspicion de valorisation artificielle du réseau social en vue d’une introduction en Bourse.

Le 3 février, les gendarmes perquisitionnent les bureaux parisiens de X. La plateforme crie à l’acte judiciaire abusif et dénonce des motivations politiques. Musk de son côté réagit depuis son propre réseau. La procureure de Paris Laure Beccuau annonce dans la foulée la convocation du milliardaire pour le 20 avril, en tant que gérant de fait de la plateforme. Linda Yaccarino, ancienne directrice générale, est également dans la liste des personnes appelées à s’expliquer cette semaine.

Washington ferme la porte

Le dossier a toutefois basculé dans une dimension géopolitique. Le 17 mars, la magistrate Johanna Brousse transmet deux signalements aux États-Unis.

  • L’un vers la SEC sur la possible manipulation boursière.
  • L’autre vers le DOJ sur les infractions pénales.

Dans une lettre de deux pages consultée par le Wall Street Journal, le bureau des affaires internationales du ministère de la Justice a opposé une fin de non-recevoir. L’enquête française, selon Washington, constituerait une tentative d’utiliser le système pénal d’une puissance étrangère pour réguler un espace d’expression protégé par le Premier Amendement. De ce fait, les données techniques de Grok, les serveurs, les algorithmes, rien de tout cela ne sera transmis aux enquêteurs parisiens par la voie américaine.

Une enquête qui avance malgré tout

Le parquet l’a dit clairement ce week-end, que Musk se présente ou non, l’investigation continue. D’autres salariés de X (qui semble réduire l’engagement si vous publiez un lien) seront entendus dans les jours qui viennent. La justice française dispose déjà d’éléments collectés lors de la perquisition de février et peut s’appuyer sur des données accessibles via les entités européennes de la plateforme.

L’enjeu dépasse largement la comparution de lundi. Si Paris émet des mandats d’arrêt internationaux, hypothèse qui circule, la fracture avec Washington sur la régulation des plateformes américaines deviendrait impossible à ignorer.

Le dossier est donc inédit, nous avons une démocratie européenne qui cherche à faire appliquer son droit pénal face à un entrepreneur américain protégé par son gouvernement, sur des faits aussi graves que la pédopornographie et le négationnisme.